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      Comme vous le savez sans doute, Anouilh aimait classer ses pièces de théâtre en différentes catégories. Il y avait par exemple les pièces roses, les pièces brillantes, les pièces costumées mais aussi les pièces noires. Et c'est justement d'une pièce noire dont je vais vous parler aujourd'hui. Oedipe ou le roi boiteux est une réécriture de la pièce Oedipe roi de Sophocle qui elle-même est une réécriture du mythe antique d'Oedipe. 

     Pour ceux qui auraient oublié l'histoire du mythe d'Oedipe, voici un petit rappel :

     Oedipe est un jeune homme qui a fuit sa famille lorsqu'il a apprit par un oracle qu' "il tuerait son père et épouserait sa mère". Pour éviter que cela se produise, il quitte sa ville et rejoint sans le savoir la ville de Thèbes qui est tenue à la merci du Sphynx, un monstre mi-femme, mi-lion qui se tient à l'entrée de ville et empêche toute personne d'entrer ou de sortir à moins qu'il ne réponde correctement à l'énigme suivante : "Quel être, pourvu d'une seule voix, a d'abord quatre jambes, puis deux jambes et finalement trois jambes ? " Oedipe répondit correctement à la question en répondant "L'homme" et tua ainsi le Sphynx. La ville est libérée mais est endeuillée par la récente mort de son roi, Laïos, laissant le trône de Thèbes vaccant. C'est ainsi qu'Oedipe accède au trône et se marie avec la veuve de Laïos, Jocaste avec qui il a quatre enfants.

    Tout irait bien dans le meilleur des mondes, si les dieux n'en avaient pas décidé autrement en envoyant une malédiction sur la ville. C'est à ce moment-là que la pièce d'Anouilh commence...

    Comme pour Antigone, Anouilh brise dès le début le suspence en donnant directement la fin de l'intrigue. On pourrait penser que ce n'est pas la peine de continuer sa lecture, mais c'est tout le contraire car au fil de la pièce, la dimmension tragique de cette histoire prend toute son ampleur et on ressent de la pitiée pour le personnage d'Oedipe car on connait son sort futur et on voit à quel point il essaye de se sortir de l'inéluctable. C'est cet acharnement qui donne tout attrait à cette pièce et qui me la faite appréciée. Le lecteur est donc prit dans le tourbillon dramatique tragique et connait le prix que devront payer les personnages pour avoir espérer duper les dieux en vivant le bonheur complet. 

    Comme toujours, l'écriture d'Anouilh est fluide, directe, facile à suivre tout en étant subtile grâce à des allusions qu'il sème sur la fin tout au long de la pièce et qui renforcent l'aspect tragique. Chose intéressante à la toute fin de la tragédie, Anouilh se plait à faire un clin d'oeil à sa pièce Antigone parue trente-quatre ans plus tôt en 1944 :

" Oedipe : Quand celle-ci (en parlant d'Antigone) m'aura conduit au Cithéron, fais-la reprendre par tes hommes et garde-la bien. C'est une petite âme dure et sombre, ne la heurte pas Créon.

Créon : J'essaierai. Mais vous êtes une rude famille et l'orgueil est rude chez vous. Qu'avez vous donc à vous tenir si raides, les Oedipes, les Antigones. Je devine que j'aurai du mal, avec elle aussi..."


Oedipe ou le roi boiteux
est parue en 1978 et reprend la même recette qu'Antigone : une réécriture de mythe grec tragique où le suspense est brisé dès le début, une tragédie qui prend le lecteur par les sentiments. Mais contrairement à son ainée, la recette est moins efficace et on regrettrera sans doute la non mise en parallèle implicite avec l'actualité de l'époque comme cela a pu être le cas pour Antigone. Cela reste malgré tout une pièce à lire pour mieux comprendre Antigone même si elle a moins de panache que cette denière.

 

Ce billet est ma quatrième participation au challenge "En scène !" chez Eimelle, et est également une participation rétroactive au challenge de Parthenia consacré à la mythologie grecque.

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