20 mars 2014

Quand l'empereur était un dieu, de Julie Otsuka.

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       Lu en deux jours seulement, Quand l'empereur était un dieu est le premier roman de l'auteure américaine d'origine japonaise Julie Otsuka. Bien que son second roman Certaines n'avaient jamais vu la mer soit plus célèbre en raison du bon accueil que lui a réservé la critique, le public mais aussi la blogosphère, ce premier roman mériterait, selon moi, d'être tout aussi célèbre. 

     En effet, l'auteure nous présente ici un aspect méconnu de la Seconde guerre mondiale traité pour la première fois en littérature (du moins à ma connaissance). Il s'agit de la déportation dans des camps de "concentration" des populations japonaise ou d'origine japonaise vivants sur le sol américain après l'attaque de Pearl Harbour en 1941. Dans un style simple, clair, sans trace de haine ou d'une quelconque amertume, Julie Otsuka nous livre un récit implacable inspirée de son histoire familiale.

      Dans ce texte empreint de sobriété, les personnages ne sont pas nommés mais ils sont facilement identifiables. Cela peut parfois créer une impression de distance et de froideur avec le lecteur mais l'histoire racontée est suffisamment marquante pour que ce ne soit finalement pas le cas. De plus, chaque membre de la famille est à un moment ou à un autre narrateur dans le roman, ce qui nous permet de mieux saisir sa psychologie, son caractère et son ressenti sur les évènements horribles qu'il est en train de vivre.

      La construction narrative du roman est assez complexe et comporte de nombreux retours en arrière, ce qui permet toutefois au lecteur d'établir un parallèle entre la vie avant le camp, la "vie" pendant l'enfermement et le traumatisme que provoque le retour chez soi après une longue absence...

      J'ai été frappée et étonnée par le caractère passif, sans entrain, sans volonté de se rebeller face au système de cette famille alors qu'elle était injustement emprisonnée pour des raisons raciales. Le personnage de la mère m'a particulièrement émue, par son courage et sa volonté de se sortir, elle et ses enfants, vivants de cet enfer afin de rejoindre son époux qui a été interné dans un autre camp de prisonniers.

      J'ai également admiré la capacité de cette famille à aller de l'avant alors qu'ils ont connu les pires conditions de vies possibles durant la guerre. Ils ont beaucoup souffert et ont été traumatisés par cette expérience mais grâce à leur force de caractère et leur rage de vivre, ils ont trouvé le moyen de passer outre et de pardonner leurs geôliers sans toutefois oublier ce qu'ils ont vécu. Après la guerre, leur volonté de s'intégrer aux Etats Unis ne s'est pas effondrée, au contraire, elle s'est amplifiée comme le montre un passage très réussi à la fin du roman.

    J'ai été profondément choquée par le comportement des "natifs" américains (eux-même issus de l'immigration européenne) envers les populations japonaises. Ils les ont été traités comme des sous-hommes, sans respect de leur dignité, ils les ont été méprisés, insultés, exclus à cause de leurs origines et considéré comme des "ennemis de la nation américaine" alors qu'ils souhaitaient être des "bons américains" croyant à l'american dream et au mythe du self-made-man.

     De plus, ce livre nous permet d'entamer une réflexion sur cette période sombre de l'histoire des Etats-Unis : en effet, ce "garant de la démocratie" à travers le monde, a lui-même créé et entretenu des camps de concentration sur son territoire en enfermant des citoyens américains (pour une large majorité d'entre eux) pour des raisons qui sont, aujourd'hui encore, très obscures. Certes ces camps étaient moins terribles que ceux fondés par les nazis, mais l'intention est tout de même pleine de sens... La frontière entre "la plus grande démocratie du monde" et les régimes qu'elle combattait à ce moment-là n'était peut-être pas si opaque que cela...

     J'ai découvert ce roman grâce au billet rétroactif de Miss Léo pour mon challenge sur la Seconde guerre mondiale et je la remercie de m'avoir fait découvrir cette pépite qui ne laisse pas le lecteur indifférent pendant et après la lecture. J'ai beaucoup aimé découvrir l'univers de Julie Otsuka, son style si particulier, que je pense me procurer dans un futur proche son autre roman récemment sortit en poche.

Ce billet rentre dans le cadre de plusieurs challenges auxquels je participe : il est ma première participation au challenge de MissG portant sur les romancières américaines, il est une nouvelle participation au Plan Orsec 2014 chez George et est bien sûr une de mes partcipations à mon propre challenge portant sur la Seconde guerre mondiale.

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15 mars 2014

Ostinato en vadrouille #3 : Spécial Londres #1 : Le Théâtre du Globe.

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     Comme promis lors du bilan mensuel de février, je vais vous raconter les différentes visites que j'ai pu faire lors de mon séjour à Londres. Je vais ainsi commencer cette série de billets "Spécial Londres" de la rubrique "Ostinato en vadrouille" avec ma chronique sur ma visite du Théâtre du Globe afin d'honorer le challenge de Claudia Lucia consacré à Shakespeare où je viens tout juste de m'inscrire.

     Situé de l'autre côté de la Tamise, plus précisément dans le quartier de Bankside, Le théâtre du Globe que nous pouvons actuellement visiter n'est pas celui qui a été construit à l'époque de Shakespeare. C'est une reproduction fidèle à celui qui a brûlé en 1613, lors de la représentation d'une des dernières pièces de Shakespeare, en raison des canons utilisés en tant qu'effets spéciaux qui ont explosés.

     Plusieurs siècles ont passés et dans les années 1950, l'acteur américain Samuel Wanamaker, déçu lors de sa visite à Londres de ne voir qu'une simple plaque pour rappeler l'emplacement du théâtre, décide de récolter des fonds pour sa reconstruction. C'est ainsi qu'il mit plusieurs décénnies avant d'entamer la construction du théâtre, faute de moyens finnanciers suffisants. Malheureusement, Wanamaker mourut trois ans avant l'inauguration du lieux et aura porté ce projet toute sa vie sans en avoir l'apperçu final.

     Le rendu est absolument magnifique, l'atmosphère des théâtres élisabéthiens est parfaitement restituée. On a vraiment l'impression de se trouver dans le théâtre du XVIème siècle. La visite guidé proposée sur le site est très bien faite : riche et complète, elle se teinte d'humour british et la guide nous a racontée de nombreuses annecdotes. Toutes les parties du théâtre ont été expliquées : le lieux, les costumes, les accessoires, les pièces, les représentations de l'époque, les effets spéciaux... Pour ceux qui ne maitriseraient pas la langue de Shakespeare, le théâtre met également à disposition des audioguides disponibles en plusieurs langues (dont le français), mais vous n'aurez pas la partie "humour" de la visite.

     De plus, la visite du théâtre s'accompagne d'une exposition permanente située en intérieur, où l'on détaille les conditions théâtrales à l'époque de Shakespeare et sur la reconstruction du théâtre. On en apprend plus sur la création artistique à cette époque, les troupes de théâtre ou encore sur la figure de Samuel Wanamaker. Egalement très complète et agrémentée de vidéos ainsi que de nombreux objets, cette partie de la visite peut sembler superflue après la visite guidée mais elle ravirera les passionnés.

     Vous aurez compris que j'ai beaucoup apprécié cette visite du Shakespeare's Globe et je la conseille à tous les amateurs de théâtre en général, de Skakespeare plus particulièrement, mais aussi aux férus d'histoire des arts. La visite est facile d'accès pour le grand public car les explications sont simples et claires, elle peut donc se faire avec toute la famille.

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Ce billet est le premier de la série "Spécial Londres" et sera prochainement suivi de deux autres billets sur mes autres visites dans la capitale britannique. Il rentre également dans le cadre de plusieurs challenges auxquels je participe : le challenge "Shakespeare" chez Claudia Lucia, le challenge "Théâtre" chez Eimelle et le challenge "L'art dans tous ses états" chez Shelbylee.

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08 mars 2014

La fille sur le coffre à bagages, de John O'Hara.

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     Lu au mois de novembre 2013, c'est-à-dire il y a maintenant cinq mois, j'ai enfin décidé de sortir de ma léthargie légendaire (je vous avait déjà fait le coup avec le Lion de Kessel au mois de janvier) pour vous chroniquer ce court livre qui m'a beaucoup plu. 

      Ce roman est ma première incursion dans l'univers littéraire de John O'Hara surnomé le "Balzac américain" par les critiques anglos-saxons. A travers ce roman de 120 pages environ, l'auteur nous immerge dans le New-York de la Prohibition auprès de James Malloy, un obscur attaché de presse pour une société de production de cinéma, ainsi que de la célébrissime actrice Charlotte Sears vivant ses dernières heures de gloire aux côtés de son riche amant lié étroitement à la pègre.

    On est totalement plongé dans cet univers désenchanté qui concentre l'élite artistique et finnancière des Etats Unis. L'ancienne New York est concurrencée par la jeune Los Angeles, l'élite du pays se pavane en manteaux de fourrure et en tenues de soirées hors de prix, en allant de cocktails en vernissages en quête d'un éclat pour mieux supporter leur existence. L'alcool coule à flots bien que sa consommation soit interdite, mais le mal-être d'une génération l'emporte sur les législations, les convenances et le qu'en-dira-t-on. 

      A travers ce portrait désabusé de sa génération, l'excellent John O'Hara questionne son lecteur sur le sens de l'existence, de la réussite et du bonheur. En effet, la célèbre Charlotte Sears noie son dégoût de l'existance dans les bars clandestins (appelés speakeasy) ou dans les réceptions de la haute bourgeoisie qui est en quête d'un sens à leurs vies. Grâce à James, le temps de quelques mois, sa vie reprend de l'éclat et elle semble revivre, jusqu'à un terrible évènement qui changera le cours de sa vie à tout jamais...

     J'ai aimé cette histoire en apparence simple mais finalement plus complexe qu'elle n'y parait. J'ai lu le roman il y a plusieurs mois déjà, mais j'en garde encore un souvenir très net et positif. C'est généralement comme ça que l'on reconnait les bons romans. On est surpris par le déroulement du récit ainsi que par le dénouement final qui laisse assez songeur.

     J'ai beaucoup apprécié le style de cet auteur qui reste assez méconnu en France. Membre des "Enfants du jazz", ses amis sont Francis Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. John O'Hara est sans doutes un des auteurs les plus doués de sa génération. Il commence enfin à être traduit en France et ses romans sont également disponibles en formats de poche. Il se trouve que j'ai deux autres romans de lui dans ma PAL : L'enfer commence avec elle (adapté au cinéma en 1960 sous le titre La vénus au vison) et Une lueur de paradis, autre aventure de James Malloy qui se déroule cette fois-ci durant l'âge d'or d'Hollywood. Je pense donc transformer l'essai après cette première lecture plus que satisfaisante de cet auteur.

Ce livre est ma deuxième participation au challenge d'Asphodèle consacré à Francis Scott Fitzgerald et les Enfants du Jazz.

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05 mars 2014

Un nouveau look pour Lukea Livres !

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En visitant ce blog aujourd'hui, vous vous êtes rendu compte d'un grand changement sur ce blog. Eh oui, Lukea Livres fait peau neuve pour offrir un meilleur confort de navigation ! 

J'espère que ce nouveau design vous plait, si jamais c'est le cas faite le moi savoir en commentaire ;)

En attendant de vous retrouver pour des billets plus consistants, je vous souhaite une bonne fin de semaine !

Posté par Ostinato à 22:50 - Commentaires [6] - Permalien [#]
01 mars 2014

Bilan mensuel n°8 : Février 2014.

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          Contrairement au mois de Janvier où j'avais débuté le Plan Orsec 2014 avec énergie et motivation en lisant deux livres de plus par rapport à mon objectif initial, durant le mois le plus court de l'année j'ai lu le strict minimum, c'est-à-dire 3 livres (dont un tout petit). J'ai de plus fait une petite entorse à mon objectif premier, à savoir ne pas faire de nouveaux achats avant d'avoir lu 10 livres au minimum depuis le 1er Janvier 2014. J'ai lamentablement échoué en achetant 3 livres (La contrebasse de Patrick Süskind, Rendez-vous à Bagdad d'Agatha Christie et Quand l'empereur était un dieu de Julie Otsuka) L'heure est donc au bilan des lectures effectuées ce mois-ci :

           Après un mois de Janvier enchanteur où j'ai eu la chance de n'avoir eu que des bons moments de lecture, j'ai eu en Février la malchance de commencer le mois sur une cuisante déception en lisant L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA  de Romain Puértolas qui est d'ors et déjà chroniqué sur ce blog (c'est d'ailleurs le seul pour le moment.) Je ne vais donc pas m'étendre dessus.

       Alors que le film sortait le 5 février au cinéma, j'ai lu ce mois-ci La mécanique du coeur de Mathias Malzieu afin d'en voir l'adaptation cinématographique ensuite. J'avais lu de nombreux avis dithyrambiques sur la blogosphère littéraire avant de me lancer, ce qui fait que j'étais très impatiante d'entamer cette lecture...et j'ai très vite déchanté. Sans être une déception car j'ai plutôt bien aimé ce roman, je dois avouer que le livre ne m'a pas fait beaucoup d'effets et que je m'attendais à mieux. J'ai néanmoins trouvé que l'auteur était très prometteur et je lirais volontiers un autre de ses ouvrages pour me faire un avis plus juste.

            J'ai terminé le mois de Février en lisant une longue nouvelle de Marcel Aymé intitulée La bonne peinture. Paru dans la collection Folio 2€, cette nouvelle est la première oeuvre que je lis de l'auteur des Contes du Chat perché. J'ai apprécié le mélange entre l'univers fantastique de la nouvelle et la description du monde de l'art faite par l'auteur qui donne un mélange détonnant assez sympatique. Une découverte agréable mais ce n'est malgré tout pas un coup de coeur.

       Le manque de lectures entousiasmantes ce mois-ci explique sans doute la petite baisse de régime concernant la fonte de ma PAL et l'envie de m'adonner à d'autres loisirs que celui de la lecture. C'est pour cette raison que la rubrique "Ostinato en vadrouille" sera plus fournie que d'habitude en la présence de plusieurs articles mentionnés "Spécial Londres". Ma nouvelle visite de la capitale britannique m'a une fois de plus enchantée et les différentes visites que j'y ai faite m'ont passionnées. Je vous les détaillerais dans les semaines à venir. De plus, j'ai eu l'opportunité de participer à une visite guidée de l'exposition "Le suréalisme et l'objet" au Centre Pompidou ce qui me permettra de mettre cette visite en paralèle avec ma lecture prochaine du recueil de poèmes d'Eluard et Man Ray Les mains libres

    Février aura donc été plus axé sur la culture artistique que littéraire mais je pense qu'il est parfois important de découvrir de nouveaux horizons et d'aller en dehors de nos habitudes, ne serait-ce que pour mieux y revenir après... 

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Posté par Ostinato à 00:41 - - Commentaires [4] - Permalien [#]