11 novembre 2014

Gone Girl, de David Fincher.

508784

     Sorti le 8 Octobre dernier au cinéma, Gone Girl est le dernier film en date du réalisateur américain David Fincher (également auteur de Fight Club, The Social Network...). Ce thriller psychologique raconte l'histoire d'un couple d'américains appartenants à la classe moyenne du Minessota et originaires de New-York.

     Bien que formant un couple idéal, un duo complémentaire et soudé, ces deux-là sont pourtants très différents l'un de l'autre : Elle est fille unique et issue de la grande bourgeoisie new-yorkaise, elle est sortie des plus grandes universités américaines. Elle a tout pour elle : elle est belle, riche, intelligente, brillante et sexy, c'est la femme fatale par excellence. Lui est l'archétype de l'américain moyen né au fin fond du Minessota qui s'est sorti de sa condition grâce à son physique avantageux...et grâce à l'argent de sa femme. Ils mènent tous les deux une vie paisible et banale où il gère le bar du coin avec sa soeur jumelle et où elle occupe ses journées en étant femme au foyer.

    Le jour de leur 5ème anniversaire de mariage, alors qu'ils semblent être plus amoureux que jamais, elle disparait mystérieusement. Une mobilisation sans précédents s'organise alors pour retrouver au plus vite la nouvelle enfant chérie de l'Amérique. La machine médiatique s'emballe, l'affaire est désormais connue dans tout le pays et c'est à ce moment là que le vernis qui protégeait ce couple modèle se met à craquer...

    J'avoue être assez mitigée concernant le dernier film de David Fincher. Certes, le suspence est haletant et malgré certaines longueurs, on ne peut détacher le regard de l'écran tant on souhaite connaitre l'issue finale de cette affaire pleine de rebondissements. Néanmoins, quelques passages auraient pu être raccourcis pour gagner en efficacité et faire en sorte que le final ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe. C'est d'ailleurs la troisième partie du film qui fait que j'ai cet avis mitigée car les deux premières sont vraiment bien ficelées et montrent bien la qualité du jeu des acteurs.

   Parlons justement du casting qui, comme toujours chez Fincher, est parfaitement bien choisi. Ben Affleck, dont la carrière d'acteur a connu des hauts et des bas (enfin surtout des bas), nous prouve grâce à ce film qu'il n'est pas seulement un réalisateur de talent (Argo, Gone Baby Gone) mais qu'il peut également être bon devant la caméra en jouant le rôle du mari de la disparue. Mais la révélation de ce film est sans contestes Rosamund Pike qui livre ici une performance incroyable, digne des Oscars dans le rôle de cette disparue qui fait chavirer l'Amérique.

   Par ailleurs, les seconds rôles ne sont pas mauvais et le choix des acteurs pour les interpréter est assez surprenant car ils sont à contre-courant : on y retrouve la playmate du clip de Blurred Lines Emily Ratajkowski qui ne se débrouille pas trop mal pour son premier rôle au cinéma, ainsi que Neil Patrick Harris, acteur plutôt habitué à la comédie (How I Met Your Mother) mais qui nous montre qu'il peut également jouer dans un registre plus dramatique.

   Comme toujours chez Fincher, la critique acerbe de son temps n'est jamais bien loin et dans Gone Girl il s'attaque aux grands networks américains cherchant à tout prix à faire du sensationnalisme, à jouer sur l'émotion plus que sur l'information, oubliant de nuancer leurs propos ou de mener une véritable enquête journalistique. Le monde des médias américains est peut-être ici caricaturé par Fincher, mais le fond reste néanmoins vrai. 

   Malgré des qualités incontestables que je vous ai détaillées ci-dessus, le dernier Fincher m'a assez déçue mais m'a donnée envie de lire le best-seller qui en est à l'origine : Les Apparences de Gillian Flynn. L'auteure du livre est également l'auteure du scénario et a volontairement changé la troisième partie pour le cinéma, j'ai donc bien envie de découvrir le sort qu'elle leur avait réservé à l'origine.

Posté par Ostinato à 12:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 août 2014

Noé, de Darren Aronofsky.

NOE-Noah-Affiche-France-Finale

     Après avoir réalisé le film Black Swan en 2011, Darren Aronofsky change totalement de registre en adaptant un des épisodes les plus célèbres de la Bible, le Déluge. Accompagné dans cette aventure par un casting de choix (Russel Crowe, Emma Watson, Jennifer Connelly ou encore Logan Lerman), Darren Aronofsky aurait pu faire un film qui aurait marqué les esprits... si seulement il avait lu le passage de la Bible en question !

     En effet, ce très long métrage (plus de deux heures de film) n'a de biblique que le titre. Darren Aronofsky utilise l'épisode biblique du Déluge ainsi que la figure de Noé pour réaliser un blockbuster insipide et excéssif, beaucoup plus proche de Game of Thrones que de la source d'origine du film. Oubliant totalement le coeur de l'histoire ainsi que la morale qui en découle, Noé reprend les grosses ficelles des blockbusters d'heroic fantasy de ces dernières années en ajoutant des personnages improbables (des géants de pierres tombés du ciel, chargés de défendre l'Arche avec leur force brute et leurs voix marquées par les siècles qui font immédiatement penser aux Ents du Seigneur des Anneaux) ainsi qu'une profusion d'effets spéciaux de mauvaise qualité.

     De plus, le réalisateur modifie entièrement l'histoire de Noé en ajoutant des storylines absurdes qui rendent le film complètement grostesque (on passera très rapidement sur le dilemme de Noé autour des jumelles...). Ces éléments de scénario n'apportent rien d'intéressant en terme de cinéma ou de réflexion et de questionnement philosophique, et ils occupent par ailleurs la majorité du film. On passe ainsi à côté de l'essentiel, de ce qui fait tout l'intérêt du récit du Déluge.

    Le Déluge en lui-même est heureusement bien rendu à l'écran. Visuellement parlant, l'image est belle, c'est sans doute le meilleur moment du film, même si certaines actions peuvent laisser le spectateur dubitatif ( je me demande encore comment le produit "magique" faisant penser à de l'encens à réussi à endormir tous les animaux de l'Arche d'un coup et ce, durant plus de neuf mois sans qu'il n'y ait de réveil ou autres pertubations). Le film, par ailleurs, rallonge la durée du Déluge passant de quelques jours dans le récit biblique d'origine à quasiment une année (!!!!!) afin de renforcer l'intensité dramatique grâce à un huis clos où se déroulent de nombreuses péripéties. 

    Transformée par certains moments en plaidoyer écologique mais étant le reste du temps un mauvais film de divertissement, l'histoire de Noé a été vidée de sa substance pour devenir un film sans intérêt, oscillant entre le film d'auteur et le pur divertissement sans jamais trouver définitivement son camp. J'ai été très déçue par le rendu final et le traitement de l'histoire biblique par Darren Aronofsky. Venant d'un tel réalisateur ayant une vraie signature cinématographique et beaucoup de talent, je m'attendais à beaucoup mieux de sa part. On sent qu'il n'était pas inspiré par le sujet et qu'il a réalisé ce film comme si il avait été contraint de le faire.

     Gageons que son prochain film sera meilleur et qu'il nous fera oublier cette version de l'histoire de Noé...

1768525c259c5da44

Posté par Ostinato à 00:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
29 juin 2014

Jersey Boys, de Clint Eastwood.

Jersey_Boys_affiche_clint_eastwood

        Je ne vous avais pas parlé de cinéma depuis un bon moment sur le blog, mais je me rattrape aujourd'hui, à l'occasion de ce premier jour de la Fête du cinéma, pour vous présenter le dernier film de Clint Eastwood, que je considère comme un de mes réalisateurs préférés. Sortis il y a un peu plus d'une semaine dans les salles obscures, Jersey Boys est un biopic (biographie filmée) retraçant l'histoire du groupe Frankie Valli & The Four Seasons durant les années 1950 jusqu'aux années 1970. 

     Le groupe est aujourd'hui plus ou moins tombé dans l'oubli mais il est l'auteur de grands tubes qui sont devenus des standards de la musique (tels que Beggin ou encore December 1963, la version originale de Cette année là de Claude François). La voix si particulière de Frankie Valli a donné une identité bien définie au groupe et a permis au Four Seasons de connaitre le succès.

     Pourtant, rien n'était gagné au départ pour cette bande de jeunes italo-américains du New-Jersey qui s'était acoquiné avec le parrain de la mafia du quartier. Délinquants à la petite semaine pas très habiles, l'avenir de Tommy et Nicky DeVito, Frankie Castelluccio et Nick Massi ne semble guère radieux. Mais grâce à l'intermède d'un certain Joe Pesci (devenu plus tard un acteur célèbre pour avoir joué dans plusieurs films de Martin Scorsese), ils rencontrent celui qui composera les nombreux tubes à venir, Bob Gaudio. Le groupe des Four Lovers devient alors The Four Seasons et sont désormais menés par Frankie Valli (ancien Castelluccio). Leur carrière peut désormais commencer...

vignette2122

     Je suis allée voir ce film complètement par hasard, je ne connaissais pas le sujet du film, et pourtant, j'ai été totalement conquise par cette histoire de groupe de délinquants qui deviennent des stars de la chanson. Ce film s'inscrit parfaitement dans un genre de cinéma que j'affectionne tout particulièrement, le cinéma italo-américain. Clint Eastwood adapte ici un des plus gros succès de Broadway et reprend une partie du casting pour nous plonger dans cette atmosphère digne des plus grands films de mafia des années 1970. L'esthétique du film est superbe et respecte au plus près la période traitée, on retrouve la côte Est telle que nous l'avions laissée avec le cinéma de cette époque. Eastwood nous fournit ici des images d'une très grande qualitée et filme ses plans de manière originale, que l'on avait pas vu depuis les grands films de Scorsese (Les Affranchis, Taxi Driver...). J'ai particulièrement aimé le fait que les personnages brisent régulièrement "le quatrième mur" et s'adressent directement aux spectateurs face caméra. 

    J'ai beaucoup aimé découvrir la légende des Four Seasons telle qu'elle a été racontée par Clint Eastwood. J'y ai découvert un groupe mythique, un son particulier et surtout la voix unique de Frankie Valli qui donne toute l'originalité à ce groupe. Certains passages sont mémorables grâce à de bons dialogues et une bonne narration. Le film se conclu par un final exceptionnel et particulièrement réussi qui place le film directement dans la catégorie des films à voir et à revoir. Désormais, je considère Jersey Boys comme l'un de mes films préférés et je vous le conseille très chaudement car c'est un coup de coeur pour ma part !

Posté par Ostinato à 20:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
24 mai 2014

Arrête ton cinéma ! #2 : Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? de Philippe de Chauveron.

QU+EST+CE+QU+ON+A+FAIT+AU+BON+DIEU

      Après vous avoir parlé du dernier film de Wes Anderson The Grand Budapest Hotel au début du mois, je vais aujourd'hui vous parler d'un film d'un tout autre style dont vous avez forcément entendu le nom récemment, avec comme mention associée : "La comédie de l'année" ou encore "Plus de 7 millions de spectateurs depuis sa sortie !". Je parle bien évidement de la comédie à succès Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? réalisé par Philippe de Chauveron (qui a notamment réalisé L'élève Ducobu en 2011 et Les vacances de Ducobu en 2012).

     J'avoue être allée voir le film un peu à reculons en me disant "ça passera le dimanche soir sur TF1, pourquoi aller le voir au cinéma ?" et finalement je ne regrette absolument pas ! Ce film est drôle du début à la fin, on ne s'ennuie pas une seule seconde. D'ailleurs, on aurait aimé qu'il dure plus longtemps car on passe vraiment un très bon moment ! 

     L'idée d'origine prête elle-même à sourire : Claude et Marie Verneuil, un couple de catholiques conservateurs ont quatre filles à marier. La première se marie avec un Arabe, la seconde avec un Chinois, la troisième avec un Juif. Leur dernier espoir pour former, à leur sens, une famille "convenable" repose sur leur dernière fille qui va épouser un catholique du nom de Charles... mais d'origine sénégalaise ! Comme le dit très justement un des gendres dans le film : "Trois métèques plus un Noir, pour tes parents, c'est Fukushima !". 

      Ce mariage fait l'effet d'un tsunami au sein de la famille Verneuil. C'est l'occasion pour Claude et Marie de faire face à leurs apriori et à leurs peurs, jusqu'alors enfouies, face à ces différentes communautés que chacun de leurs gendres représentent. C'est d'ailleurs là la force de cette comédie : faire rire des clichés de toutes les communautés (arabes, chinois, juifs, noirs, catholiques...) à parts égales. 

     L'autre point fort de cette comédie chorale réside dans son casting mélant différentes générations d'humoristes et d'acteurs comiques. Le Splendid représenté par Christian Clavier et les Nuls représentés par Chantal Lauby côtoient la jeune génération issue de la TV (Ary Abittan a été découvert dans les émissions d'Arthur et Medi Sadoun était un des membres des Kaïra de Franck Gastambide sur Canal +) et du Jamel Comedy Club (Frederic Chau et Noom Diawara). Les filles Verneuil ne sont pas en reste : belles, talenteuses et drôles, elles ont tout pour plaire. L'ensemble du casting sert parfaitement le texte de cette comédie actuelle et leur bonne entente transpire à l'écran, ce qui fait plaisir à voir.

      On retiendra des répliques désormais devenues cultes, telle celle que je vous ai cité au dessus, ainsi que certaines scènes qui vont je pense rester dans les annales comme le passage où les gendres entonnent la Marseillaise la main sur le coeur, devant un Claude Verneuil médusé. 

     Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? connait actuellement un succès populaire on ne peut plus mérité et cumule pour le moment plus de 7 millions d'entrées en salles ! Cet instant passé dans les salles obscures s'apprécie comme une bonne bouffée d'air frais dont on a bien besoin au vue de la situation actuelle. Allez ! Tous au cinéma !

Posté par Ostinato à 18:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
05 mai 2014

Arrête ton cinéma ! #1 : The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson.

the-grand-budapest-hotel-affiche-france

      J'ai eu l'idée, l'envie de cette rubrique depuis le commencement de ce blog il y a presque un an de cela (Quoi ? Déjà ! ). A cette époque j'avais même beaucoup hésité entre ouvrir un blog littéraire et un blog consacré au cinéma c'est dire ! Après avoir repris un challenge rassemblant les deux arts (La littérature fait son cinéma saison 4), je me lance désormais dans cette nouvelle rubrique qui je l'espère vous plaira autant qu'à moi. 

     Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, mon choix c'est porté sur un film vu récement et qui m'a beaucoup plu : The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson sorti au mois de février au cinéma mais toujours à l'affiche, signe d'un grand succès populaire. Recompensé par le Grand Prix du Jury lors de la dernière Berlinale, The Grand Budapest Hotel se distingue de la production cinématographique occidentale actuelle.

      En effet, le film affiche fièrement une esthétique toute particulière : celle des films des années 1920/1930 où l'on considérait encore le cinéma comme un art et non comme une industrie cherchant à faire du profit. Ce visuel atypique permet au film d'avoir cet aspect patiné qui lui donne tout son charme. Cette esthétique nostalgique se retrouve également dans les effets de réalisation utilisés par Wes Anderson : il remet au goût du jour l'image en 4/3 et joue beaucoup avec les effets de couleurs et de lumières. Ainsi, le film arbore des couleurs pastels et acidulées qui apportent un certain cachet à l'image et donne l'impression d'être hors du temps.

     Les décors et les costumes s'inscrivent totalement dans cette optique. On retrouve l'atmosphère feutrées des grands palaces européens à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, on revoit cette société aisée sur le déclin qui posséde cette élégance naturelle aujourd'hui considérée comme désuète. On a l'impression d'être plongé dans un roman de Stefan Zweig, qui est une référence littéraire assumée par Anderson puisqu'elle figure dans le générique de fin, ou une enquête romanesque d'Agatha Christie.

    Le film a la particularité d'être servie par un casting impeccable comportant la fine fleur d'Hollywood habituée à travailler avec Wes Anderson (Owen Wilson, Bill Murray, Judd Law, Willam Dafoe...) mais aussi quelques Frenchies (Matthieu Amalric, Léa Seydoux). Ralph Fiennes est extraordinaire dans le rôle de M. Gustave, concierge général du palace et grand amateur de l'Air de panache. L'acteur excelle dans cette interprétation mélant élégance, humour et poésie.

    L'intrigue est alléchante et bien menée : une vielle habituée de l'hôtel décède dans de troubles circonstances, on suppose que M.Gustave est couplable car la défunte lui a légué un tableau d'une valeur inestimable intitulé "L'enfant à la pomme". Néanmoins, les ayant droit, notament un dénommé Dmitri, ne sont pas de cet avis et feront en sorte de faire disparaitre le sympathique concierge de la circulation. Accompagné, dans un périple à travers l'Europe, par le jeune Zero Moustafa, groom au palace, dans des aventures rocambolesques, M.Gustave devra faire preuve de courage et d'habilité pour échapper à ceux qui veulent sa perte...

     Vous l'avez bien compris, j'ai adoré ce film du début à la fin, j'ai apprécié retrouver l'univers décalé de Wes Anderson et voir quelque chose d'original, qui sort un peu du lot actuel. On rit beaucoup durant ce film grâce aux dialogues et aux situations abracadabrantes, on ne voit pas passer les 1H40 que comporte le long métrage. J'ai aimé la qualité ainsi que le soin porté à l'image et à l'esthétique de ce film, de même que le jeu des acteurs, qui sont tous très bon. Ce film est pour moi comme L'air de panache de M.Gustave, on en a jamais assez et on en veut toujours plus.

Posté par Ostinato à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]